Ils l'ont vécu ! (récits des participants)

Retrouvez ici les récits et réactions des membres de l'expédition, quelques jours après leur retour.

Pascal - Isabelle - Olivier - Yves


Récit de Pascal

« Le vendredi 11 mai, nous quittons le Camp de Base après une période de repos de 9 jours qui a mis mes nerfs à rude épreuve. Ceux qui me connaissent, un peu savent combien l'inactivité me pèse. Une fois au Camp de Base Avancé, il faut encore patienter 4 jours avant que Yann, notre routeur météo, nous trouve un créneau favorable. Ce créneau nous prévoit une fenêtre pour le 18 mai et le 19 mai. Nous décidons donc de former deux équipes, l'une partira le 15 avec 5 membres et l'autre le 16 avec 4 grimpeurs afin d'utiliser au mieux ces deux plages. Les choses se précisent donc et nous rentrons dans le vif du sujet. En fait j attends ce moment depuis plus d un mois et malgré la beauté du site et des lieux que nous avons traversé, le but essentiel de l'expé est d'aller en haut. J'ai du mal à être ici pour autre chose que le sommet à la grande déception de certains, mais c'est ainsi, j'ai fait trop de sacrifices et de concessions pour partager ce bout de montagne ! Donc le 15 mai montée au Camp 1 où nous passons la nuit. Il neige mais la météo est toujours au beau pour les prochains jours.

Le 16 mai montée au Camp 2 à 7700 m. Camp austère par excellence où rien n'est hospitalier. Lieu de passage oblige où même les sherpas ne veulent pas se coucher. Vent, froid et restes de tentes dévastés par les conditions climatiques extrêmes, voilà le décor. Le 17 mai, les sherpas nous rejoignent pour monter avec nous au Camp 3 à 8200 m. Première pour moi et les autres également aujourd'hui : premier emploi de l'oxygène avec nos masques "Top Out". Les premiers pas sont plutôt hésitants, voir exténuants, mais très vite nous comprenons et nous habituons au fonctionnement de ce nouvel engin. La montée vers le Camp 3 se passe bien, seulement 4 heures sont nécessaires pour rallier ce camp. La barre mythique des 8000 m est franchie et nous entrons dans une autre dimension. Une zone où toute vie est impossible et ou l'être humain n'est plus que toléré. Nous nous installons uniquement pour quelques heures car le départ de ce camp pour le sommet est prévu à 23h00. Les quelques heures passées dans ce camp sont employées à faire de l'eau pour s'hydrater au max car c'est le seul moyen pour lutter contre les gelures et les problèmes d'œdème. Personnellement je n'utiliserai pas d'ox durant cette période de repos pour mieux en avoir les bénéfices lors de l'ascension. Il est difficile de parler des impressions à ce stade de l'ascension, en fait pour l'instant, la concentration prend le dessus sur les sentiments. A 23h00, c'est enfin le départ pour le sommet. Le groupe est compose d’Alexia, Yves, Philippe, Pierrot et moi. Temps clair, pas de vent et une température de -25°C pour toute la durée de l'ascension ce qui est relativement clément vu la réputation de cette montagne.

Au fur et à mesure de notre progression, une sensation bizarre m'envahit. Toutes les conditions sont réunies pour que tout se passe bien mais j ai la désagréable impression que tout peut basculer d'un côté ou de l'autre à tout moment. En fait à cette altitude là, on a l'impression d'être sur une corde raide et le moindre incident peut faire basculer les choses. Une zone où il est plus facile de mourir que de vivre, une sorte de mort blanche qui ne fait pas peur mais qui est toujours présente à vos cotés. Heureusement les passages techniques et l'intensité de l'effort permettent de ne penser qu'au moment présent. Une grosse émotion en passant le 2ème step en pensant a Mallory et Irvine.

Finalement le sommet est atteint à 8h15 après 8h50 d'efforts et il est difficile de décrire le bonheur intense qui s'installe à ce moment-là. Des conditions de rêve que l'on ne rencontre que rarement ici. Pas de vent et des séances photo sans gants à 8850 m !!! On aura la chance de rester 45 mn au sommet et ensuite l'idée de la descente et des dangers qu'elle représente prend vite le dessus. En l'espace de 30 mn le temps change, nous sommes à peine au 2ème step qu'il commence à neiger. Nous mettons 2h30 pour regagner le Camp 3 et après une pose d'une heure, avec Pierrot nous décidons de descendre le plus bas possible pour une meilleure récupération. En fait nous allons descendre jusqu'au Camp de Base Avancé dans la tempête et il nous faudra encore 5 heures d'efforts pour sortir de cette zone. On arrive finalement au Camp de Base Avancé a 17h00 complètement exténués mais avec enfin l'impression d'être en sécurité. A 6400 m on peut récupérer, manger correctement et surtout faire le bilan des petits bobos. Ce bilan est plus que satisfaisant, une petite engelure sur un orteil et du “sable dans les yeux” !!! Rien de bien méchant et l'impression d'avoir réalisé le plus beau rêve de ma vie. En fait des choses simples et comme on dit : “ça, c'est fait”.

En fait, l'Everest est la montagne de tous les excès et de toutes les extravagances. On voit de tout, des farfelus, des gens qui n'ont aucune connaissance en montagne et qui croient qu'ils peuvent se ‘payer’ ce sommet, des tragédies se jouent tous les jours (12 morts en un mois sur la montagne) et surtout la cruelle réalité qui rappelle à la plus grande humilité en voyant le nombre de corps qui jonchent l'itinéraire. Malgré toutes ces extravagances, cette montagne reste belle, magnifique même et pour moi elle représente encore plus pour des tas de raisons qu'il m'est impossible de citer.

J'ai beaucoup pensé aux personnes que j'aime et aux personnes disparues qui auraient été fières de me voir là-haut, notamment mon papa. Chacun va chercher quelque chose de différent sur ce sommet, ce sont des choses qui ne se discutent pas et des choix qu'il faut respecter. Je souhaite à tous de pouvoir réaliser leurs rêves même si cela peut être parfois difficile voir impossible. En deux mots, que du bonheur et des souvenirs plein la tête.

Merci encore a tous pour votre soutien et il y a maintenant plein de photos à venir et je l'espère, un super film.»

PASCAL

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Récit d'Isabelle

Samedi 12 mai

« Enfin, après 7 jours de repos au CB (mais sans avoir réussi à s’ennuyer !), sur les conseils météo de Yan, nous reprenons avec entrain le chemin du CBA et ses 1200 m de dénivelée sur plus de 20 km : la première partie est avalée sereinement, heureux de repartir vers notre chère montagne, et plus allègrement que les fois précédentes. Le temps se couvre et se rafraîchit alors que nous atteignons le camp intermédiaire et nous nous abritons contre une tente tibétaine pour casser la croûte. Dans la deuxième partie cheminant sur le glacier, nous commençons à souffrir… Pourvu que ce soit la dernière fois que nous parcourions ce trajet fastidieux bien que magnifique (par beau temps !)… Arrivés à notre campement, nous sommes harassés ! Les nouvelles du Col Nord nous apprennent que les Sherpas ont encore de l’oxygène à monter au C3. Ce jour, ils n’ont pas pu finir leurs portages à cause du vent violent et de la tempête sur l’arête. Sur avis de la météo, nous leur conseillons de redescendre se reposer au moins un jour au CBA. Nous les retrouverons fatigués, très marqués par l’altitude après plusieurs nuits passées à plus de 7000 m. »

Mercredi 16 mai

« Enfin, voilà le moment venu de goûter vraiment à cette montagne et c’est avec grand plaisir, tout excités, que nous quittons le CBA en fin de matinée, Sylvie, Olivier, Denis et moi (après 2 faux départs : oubli de matériel, sans doute pris dans le feux de l’enthousiasme…).

Les conditions sont optimales, le ciel limpide et nous atteignons avec joie les cordes fixes qui nous aident à progresser parmi les séracs étincelants !

Au C1, beaucoup de tentes ont été écrasées par les nouvelles chutes de neige. De nouvelles tentes ont été installées : c’est la période de pointe sur le sommet depuis le 15 (nous espérons passer après la grosse vague…) Nos tentes se trouvent à la sortie de ce curieux village de toiles agglutinées de part et d’autre de la corde fixe et laissant juste le passage aux paires de crampons… Le soleil est encore haut, il fait chaud sous les abris et, par les portes ouvertes, on nous salue souvent de joyeux "Namaste !" ou "Tashi Delek !" et nous échangeons quelques mots sympathiques ! Nous croisons aussi de nombreux "zombies" qui redescendent en titubant, muets…

Nos Sherpas nous accueillent toujours aussi amicalement, mais nous les trouvons bien éprouvés ! Danuru souffre violemment d’une ophtalmie des neiges, on lui a monté le traitement approprié et il nous dit être certain d’être opérationnel le lendemain…. Et il le sera ! Quant à Pemba, il commence lui aussi une ophtalmie… Mingmar, lui, est simplement fatigué…

A part ça, pour nous, le moral est au beau fixe !

La soirée passe vite : Sylvie et Olivier discutent tranquillement dans leur tente, avec une pensée particulière pour Guy, le frère de Geneviève, qui aurait 44 ans aujourd’hui, et qui aurait tellement aimé être dans ce formidable décor !

Malgré une meilleure adaptation aux 7000 m, les lyos salés ne sont toujours pas appréciés, les soupes, desserts légers et tisanes passent mieux ! (Nous regrettons d’avoir fait monter tant de réserves pour les 8 jours d’altitude prévus…). »

Jeudi 17 mai

« Ce jour, nous n’avons qu’à monter de 700 m pour atteindre le C2. Nous voudrions laisser cette journée de repos aux Sherpas puisqu’ils ne veulent pas dormir au C2 et prévoient de monter nous rejoindre directement au C3 ; mais finalement Danuru nous montra une petite charge en aller-retour. Olivier et Denis se sont chargés de leurs patinettes (Snowblade) qu’ils déposent à 7500 m près de leur voile de parapente montée plusieurs jours auparavant en vue d’un vol éventuel. A mon grand soulagement, Denis a abandonné l’idée de voler du sommet en apprenant que le troisième Sherpa qui devait accompagner notre équipe, Dachiri, ne sera pas des nôtres car il souffre trop du dos. Nos deux autres compagnons Sherpa, Danuru et Mingmar, ont demandé à Olivier et Denis de porter eux même leurs 2 bouteilles d’ox pour le sommet. Il n’est donc pas question de se charger davantage !

Je me sens en grande forme pour cramponner sur la longue crête de neige (je me suis octroyé de l’oxygène à bas débit, quel bonheur !) Sur notre droite, l’élégant couloir Norton est parallèle à notre trajectoire, partageant en 2 cette face Nord majestueuse.

Pendant ce temps les copains de la première vague vont rejoindre le C3 pour quelques heures avant l’ "ultime grimpette" !

Ce C2 est situé dans la partie rocheuse dominant la langue de neige. De petites plate-formes, pas toujours horizontales, ont été taillées dans la pente raide de part et d’autre de la trace et amarrées solidement par des cordes ou des filets, car ce camp est particulièrement exposé aux vents balayant la face. Nous nous installons dans 2 tentes superposées : Sylvie et Olivier dans une et Denis et moi au-dessus : pour cette soirée, pas de mondanités ; après le ramassage d’un gros sac de neige fraîche, la moins souillée possible (nous oublions souvent de désinfecter l’eau avec du Micropur, mais passerons au travers des contaminations intestinales…. par chance !), préparer quelques litre d’eau chaude, puis se glisser dans les duvets douillets, avec de l’ox en prime !… Bonne nuit !…

Les copains du C3 en pleine concentration, ne sont pas très bavards à la radio ! Les bonnes prévisions météo sont confirmées et ils sont en forme. Pour eux la nuit sera vraiment courte ! »

Vendredi 18 mai

« Pour nous, inutile de nous lever tôt, mais nous sommes au rendez-vous radio avant 7h, attendant avec impatience des nouvelles du sommet… Vers 8h ou 8h30, enfin Dawa prend la parole : ils y sont (Alexia, Pierrot et Pascal) et Philippe et Yves vont arriver ! "Ouaouh !!!" nous éclatons de joie avec eux, en n’oubliant pas les conseils de prudence pour la descente !…

Au C2, nous attendons que le soleil réchauffe bien les tentes pour sortir ; rien ne presse pour rejoindre le C3 à 8100 m. Lorsque nous nous mettons en route, le temps tourne et la petite neige annoncée commence à recouvrir nos polaires d’une gangue glacée. Il ne fait pas assez froid pour utiliser nos tenues en duvet pour marcher !

Equipés de nos fameux masques à oxygène Top Out nous progressons facilement dans ce terrain mixte très enneigé actuellement. Avec Denis nous rejoignons le C3 en 2h30 avec Jean Noël Urban (le skieur de l’équipe de Monaco) très sympathique !

L’accueil du C3 est plutôt réfrigérant… Au niveau des premières tentes, un homme semble se reposer à l’abri d’un rocher, plus ou moins recouvert par un Karrimat… pour l’éternité…C’est un Thèque mort quelques jours plus tôt …Que lui est-il arrivé au milieu de ce campement ?

Nous sommes ici en zone de survie où tout peut arriver, où la vie ne tient qu’à un fil, où une panne d’ox ou un problème de masque, où l’envie de se reposer et de s’asseoir un moment, où tout autre problème peut être fatal !… Nous en sommes pleinement conscients !

Pour l’heure, nous sommes bien portants, mais nous aimerions trouver notre tente… Nos appels pour retrouver nos copains et nos tentes restent sans réponse et nous nous abritons dans la première tente vide pour commencer à sécher nos vêtements. Ce n’est que bien plus tard que nous apercevrons Pierrot et Pascal ressortant de leur abri, juste à 30 m de nous, prêts pour descendre au plus vite. Ils ne nous avaient pas entendus. Pas de temps pour les effusions et les congratulations, Pascal lessivé (bien que comblé, sans doute) est pressé, comme d’habitude !

Nous voici donc pour quelques heures de repos et de préparation avant le départ pour le sommet qui est prévu à 22h… D’abord se sécher : pas de problème, il fait relativement bon à l’abri des tentes. Puis, principale occupation : faire fondre un maximum de neige pour s’hydrater et préparer les réserves d’eau du lendemain et essayer de manger, dans la mesure du possible !

Nous sommes heureux d’accueillir Philippe puis Yves à leur descente du sommet : ils paraissent épuisés et nous partageons avec eux soupes, boissons et commentaires sur leur magnifique expérience, avant qu’ils reprennent des forces pour descendre dormir au C2.

La première équipe est descendue, y compris les Sherpas Dawa et Gopal, sauf Alexia qui reste dormir avec Sylvie et Olivier. Il faut aussi préparer les sacs, garder le srtict nécessaire : gants de rechange, cagoule, masque…en plus de la (ou des) bouteille(s) d’ox et de quelques vivres de course. La gourde d’eau chaude sera portée à même le corps, sur l’estomac, et sous la veste en duvet, pour éviter le gel.

Peu de temps pour se reposer en fait !

Et, vers 16h, grande frayeur… lorsque nous demandons à Danuru et Mingmar des nouvelles de Passang, le troisième Sherpa de la première équipe, ils nous avouent qu’il n’est pas redescendu, d’un air très inquiet et gêné… Yves nous avait pourtant dit qu’il les suivait et en grande forme… Consternés, nous demandons à Danuru et Mingmar de partir aussitôt à sa recherche avec de l’oxygène avant que la nuit ne tombe. Nous devons leur assurer que, si notre ascension est compromise, cela n’a aucune importance et qu’il faut sauver Passang à tout prix ! Ils semblent soulagés de nous entendre dire cela et se mettent aussitôt en route attaquant le raidillon grimpant du C3 vers l’arête sommitale! Nous sommes vraiment bouleversés… Mais une demie-heure plus tard, miracle !!! Les voilà qui redescendent avec Passang ! Ils l’ont trouvé qui redescendait lentement, complètement épuisé par une chute, en manque d’ox et suçant de la neige depuis le matin…Il est tombé d’une dizaine ou quinzaine de mètres, vers 8500 m, en glissant sur un rocher recouvert de neige, un amarrage de corde fixe a lâché… Des Sherpas plus âgés l’ont tiré d’affaire et il a difficilement repris sa descente seul… Notre émotion est immense en le retrouvant ! Il s’affale à l’entrée de la tente et notre thermos d’eau chaude suffit à peine à le remplir et à le réchauffer… Il faudra à notre discret Passang une sacrée nuit pour commencer à se remettre ! Que d’émotions ! Décidément notre préparation est mouvementée, ce soir !

A peine 3 quarts d’heure pour s’allonger et fermer un peu les yeux, et Danuru nous appelle depuis sa tente ; 20h30 : c’est l’heure pour les derniers préparatifs : reboire, avaler quelque chose, enfiler les tenues, les baudriers, les coques des chaussures,… que c’est dur !…Et les crampons en sortant des tentes… la frontale… Vers 23h nous sommes enfin sur la trace, dans une nuit d’encre, amarrés par nos poignées Jumard à la corde fixe, Mingmar, moi, Sylvie, Olivier, Denis et Danuru fermant la marche, direction = un  rêve magique !

Samedi 19 mai

« Je trouve la première partie vers l’arête très raide et bien éprouvante ! Nous rejoignons rapidement d’autres équipes lentes provoquant des embouteillages nous bloquant parfois plusieurs minutes. La trace étroite dans la neige fraîche ne nous incite pas à doubler. Le vent qui soulève la neige et rebouche la trace au fur et à mesure nous refroidit. Nous atteignons enfin ce qui nous semble être l’arête principale et nous pouvons dépasser plusieurs groupes. La trace oblique alors vers la droite, beaucoup moins raide, jusqu’au pied du "premier step" : ressaut d’une quinzaine de mètres déjà impressionnant , mais il suffit de se hisser le long des cordes fixes en brassant la poudreuse recouvrant les rochers, et, nous voici un étage plus haut !

La nuit commence à se déchirer, le relief se dévoile peu à peu autour de nous… quelques pointes s’éclairent puis s’enflamment tout à coup : Cho Oyu, Pumori…Le sommet de Jomolangma paraît déjà tout proche… Vers l’Est, les couleurs sont époustouflantes, des tons de violet, mauve, rose, au jaune oranger…! Quel festival ! Soudain, une espèce de gros nuage lenticulaire gris sombre menaçant s’empare du sommet et l’enveloppe… Les prévisions météo de Yan nous sont bien précieuses pour nous rassurer ! En effet, quelques instants plus tard, après avoir viré au rose, cette nuée se dissipe comme par enchantement ! La pente sommitale est bien là, à portée de main, dominant le "second step", deuxième passage rocheux d’une vingtaine de mètres.

Sylvie nous annonce alors sa détermination à faire demi tour ! Personnellement, je me remets en question… Je me sens déjà comblée par un tel cadeau du ciel, complètement éblouie, trop heureuse et étonnée d’être déjà là (et sans aucun défi à relever dans ma tête !). Je sais qu’il faudrait encore de longues heures avant d’atteindre le sommet et je ressens déjà la fatigue de la grimpette nocturne !

J’ai toujours pensé qu’il faut assurer au maximum la descente (presque tous les accidents arrivent à la descente et il ne faut pas grand chose pour que tout bascule !). Au pied de ce deuxième ressaut, un corps figé à jamais, avec des crampons semblant neufs, nous incite à la prudence… Finalement, c’est le cœur léger, sans aucun sentiment de frustration, que j’emboîte le pas à Sylvie. Pas de dilemme torturant, je suis heureuse de partager ces moments avec Sylvie avec laquelle nous avons fait une belle équipe ! Heureuse aussi, après avoir vu de si belles choses,  de redescendre, dans de bonnes conditions vers l’assurance de retrouver tous ceux qui me sont chers… Plus tard, Denis (toujours soucieux et attentif pour moi pendant l’ascension) me dira : "si j’avais connu la suite, sans difficulté particulière, je t’aurais encouragée à aller au bout !".

Pour l’heure, nous suivons du regard Denis et Olivier qui s’élèvent dans les rochers en passant par la fameuse échelle des chinois et nous immortalisons tous ces instants ! Et nous les laissons s’envoler vers le sommet de leurs rêves, le cœur en fête avec eux ! (Olivier vous racontera sans doute…).

Suivies de notre ange gardien, Mingmar, nous voilà de retour au champignon, où nous changeons de bouteille d’ox.

Plus bas, sur l’arête, nous retrouvons Clément et Cyril, les jeunes vauclusiens des "toits du monde à vélo". Clément s’est complètement épuisé à monter sa voile biplace de 11kg sur l’arête (le sac devait approcher les 20Kg) et a vidé sa réserve d’ox. Cyril s’est fatigué à tenter l’ascension sans ox et les voilà extrêmement déçus et voulant tenter à tout prix un décollage de l’arête, mais il n’y a plus la moindre trace de vent et la piste de décollage (mixte), est pour le moins chaotique… Nous les laissons à leur attente de brise… ils patienteront encore une heure jusqu’à ce que Clément réalise avec panique que ses réserves d’ox sont complètement épuisées et commence à s’étouffer! Cette fois leur Sherpa (qui les avait toujours déçus jusque-là), se rachète en  partageant son ox un moment pour permettre à Clément de descendre ! Le voilà sauvé ! Abandonnant leur voile telle quelle, prête à décoller sur l’arête, leur descente sera un vrai cauchemar et nous les retrouverons au C3 complètement effondrés, plombés par un sentiment d’échec que nous avons bien du mal à leur faire digérer : ces 2 solides gaillards si attachants nous ont fait faire tellement de souci (et même des cauchemars !) au cours de l’expé… nous n’avions qu’une peur, c’est qu’ils aient la ressource nécessaire pour monter leur voile de plomb achetée à Kathmandu et à peine testée acrobatiquement,  tout ça pour  finir fracassés… Ces jeunes ont un sacré potentiel ! Avec un brin d’expérience, ils devraient faire des choses extraordinaires et nous leur souhaitons bon vent pour la suite ! En attendant, ils peuvent savourer leur tour du monde farci d’aventures, bouclé avec panache et en bon état pour raconter leurs folies et leurs exploits…

Pour nous 3, la descente s’est faite tranquillement et nous rêvons de nous allonger pour récupérer un peu… Mais le programme n’est toujours pas au repos…

Nouveau coup de théâtre !

On vient de retrouver un italien disparu depuis 2 jours ! Il faut lui porter secours : oxygène, injection de corticoïdes, l’hydrater… Le bonhomme est confus, peut-être gelé des pieds, mais semble en état de marche et un guide russe le prend en charge pour le redescendre… En fait, le drame de cette expédition italienne complètement éclatée, planera sur la montagne pendant plusieurs jours. Finalement les déboires de ce groupe de grimpeurs très expérimentés, presque tous guides, se solderont par un mort retrouvé sous le sommet (sommet atteint dans la soirée alors que vers midi il avait été croisé en pleine forme). Son compagnon aurait bivouaqué sans ox dans le secteur mais est revenu indemne. Un troisième est redescendu d’on ne sait pas où, avec un œdème cérébral probable qui l’a laissé confus jusqu’à la fin de l’expé…

Après toutes ces nouvelles, nous mesurons notre chance extraordinaire de finir cette ascension dans de si bonnes conditions !

Lorsque Denis et Olivier me rejoignent, j’ai juste eu le temps de leur faire chauffer une gamelle ! la précédente a été accrochée et renversée dans une manip… et moi qui voulait les accueillir royalement !!! Je me sens presque aussi comblée qu’eux et je partage leur bonheur à 100% ! Un moment de répit et il faut vider les tentes avant l’évacuation du camp en emportant le maximum de choses dans nos sacs, Danuru et Mingmar se chargeront encore du reste !

Sylvie est redescendue avec Alexia qui voulait soutenir la retraite des italiens.

Nous 3, nous avons décidé de dormir au C2 car Denis et Olivier espèrent pouvoir voler depuis 7500m si les conditions du lendemain le permettent. Allez, courage, un brin de descente…

Une trop belle nuit nous attend…. Une nuit de partage de bonheur à 3, dans une tente un peu étroite pour 3, accrochée en pleine face de Jomolangma ; la fenêtre de gauche donne sur la face Nord, les couloirs, au loin le Loh La au pied de l’arête Ouest, au fond le Cho Oyu, en bas le Pumori (que nous avons chatouillé en 2002 !). La porte à droite donne sur le plateau désertique du Tibet, le glacier de Rongbuck, et des sommets plus "humains" comme le Lakpa Ri et le Khartaphu Peak… Par la porte ouverte, on salue les grimpeurs se tirant à la corde fixe, à 1 m de nous… Sur un fond doux d’oxygène, nous nous endormons "aux anges" !

Une pensée énorme pour tous ceux que je voulais invoquer au sommet (que je n’ai pas atteint, mais que j’ai frôlé avec le sourire…). Notamment pour tous ceux qui se baladent dans leur vie avec un sac à dos lesté par le diabète et qui s’en passeraient bien… mes amis, trouvez vous-même les limites de vos rêves les plus merveilleux et ne laissez personne en fixer pour vous ! (parole de médecin, camarade d’un diabétique-summiter !). J’ai aussi souvent pensé pendant cette ascension à Etienne en essayant de porter ses rêves de marche un peu plus haut… A chacun son "Jomolangma" ! Et il y en a des tas de "Jomolangma", bien moins héroïques, mais bien plus honorables ! Ce soir, je me sens en communion avec la vie, avec toute ma famille (sans la participation efficace de nos enfants, rien n’aurait été possible !), et avec tous mes amis depuis Longchamp jusqu’à Tartampion… (Robert ne m’a pas lâché d’une semelle! C’est loin, les calanques et les Dolos…! Mais tout peut communiquer ! … grâce au téléphone satellite ! génial !) »

Dimanche 20 mai

« Le réveil est à la hauteur du coucher : sublime …

Sans faire un pli, nous avons bien récupéré et nous nous sentons en forme pour profiter au maximum de cette dernière journée sur notre montagne. Avec Olivier, je partage un esprit contemplatif émerveillé qui ne veut pas en perdre une miette ! Denis, pleinement heureux mais toujours discret, pense à sa jolie voile : "Nervure, taillée pour l’Aventure !", qui l’attend un peu plus bas et qu’il aimerait défroisser au-dessus du col Nord, accompagné d’Olivier !

Nous nous arrachons à ce nid de rêve à contre-cœur en essayant de ne pas perdre une miette de cette ambiance vraiment spéciale pendant toute la descente…

En haut de la pente de neige, les gars ressortent leur voile et les patinettes enfouies sous la neige fraîche. Malheureusement le vent arrière ne permet pas le décollage… 1h30 d’attente et il faut bien se résoudre à descendre à pieds ou en patinettes, mais toutes voiles pliées !

Au Col Nord, chantier de démolition du campement ! Ce camp 1 se vide… fin de saison ! Les Sherpa redescendent avec des sacs vraiment énormes (Denis estime celui de Dawa à une cinquantaine de Kg…)! Quel travail, ils ont accompli ! Impressionnant ! Tous les honneurs devraient se tourner vers eux ! Cette fois-ci, nous avons découvert une pratique de la montagne où l’on se sent bien assisté ! Et en prime, ces Sherpa nous offrent toute leur amitié ! Quel partage… Ils apprécient à sa très juste valeur le dénouement heureux de l’ expédition, contents aussi de finir un peu plus tôt que prévu ! (Ils ont tous derrière eux entre 6 et 9 Everest et bien d’autres sommets !…).

La descente de la pente sous le col est extraordinaire avec un soleil rasant… Encore quelques miettes d’éblouissement avant de rejoindre la civilisation du Camp de Base avancé… Je m’arrête plusieurs fois pour en profiter encore… Olivier est pire que moi pour la contemplation !

Bientôt le Champagne va péter au CBA ! »

Les jours suivants

« Encore un jour pour que les Sherpas finissent d’évacuer les camps supérieurs, nous rebouclons nos bidons. Mayla le cuisinier nous régale encore de pizzas et de gâteaux !

Nous n’attendons pas que les yacks viennent embarquer tout ça, et nous descendons retrouver notre cher Dorjee, comblé par la réussite de l’expé ! Beaucoup de groupes, étonnés par ses prestations ont exprimé leur désir de travailler avec lui pour d’autres projets. Son agence a un bel avenir devant elle (www.windhorseadventure.com).

Cette dernière descente de la longue moraine, avec la grâce d’une luminosité à couper le souffle, nous la dégustons jusqu’à la dernière minute, au moment où un troupeau de chèvres des montagnes peu farouches surgit sur le sentier, devant nous, non loin du Camp de base….Encore un flash magique !

Dorjee, super heureux, vient à la rencontre de chacun de nous en nous décorant de Khatas et de félicitations…

Mais il manque quelqu’un… Où est Jomo ?  Non, il n’a pas disparu, mais Dorjee a finalement décidé de le donner à un "bon" tibétain habitant près de Lhassa, car on l’a mis en garde : ce type de chien à la fourrure très épaisse ne supporterait pas les températures étouffantes de Kathmandu… Notre Jomo nous manque… Aura-t-il encore des caresses et des croûtes de bon Comté ?

Nous vivons les dernières festivités du CB : grand repas avec nos amis de Monaco et du Vaucluse avec photos collectives, buffet avec notre solide équipe Sherpa, grandes finales de tournoi de coinche…

Allez, il faut tout plier, les jeeps et le camion arrivent demain…

Tiens ! Je viens de découvrir la première trace de verdure depuis 2 mois… Des petites mottes sèches commencent à reverdir… Et il y a même des mouses fleuries… incroyable et inattendu ! Nous avions oublié le printemps au royaume de la plus haute altutude…

Encore un dernier regard pour Jomolangma en habits de "summit day" !

Et en route pour 2 jours de voiture : le premier jour, nous savourons le plateau désertique sur fond de sommets de théâtre ! puis les bouchons entre Nyalam et Zangmu nous feraient presque perdre patience ! les chinois ont en effet décidé de finir et de goudronner la route entre Lhassa et la frontière népalaise avant les JO de 2008 ! Le projet est gigantesque et les travaux de soutènement sont attaqués partout à la fois…

Après une nuit dans le village assez sordide de Zangmu, il nous faudra toute la matinée pour les formalités de douane et surtout pour transborder toutes le matériel de l’expé des camions chinois aux camions népalais en utilisant la main d’œuvre locale de part et d’autre du Pont de l’Amitié. Comme Jean-Luc nous l’avait déjà annoncé, la végétation a éclaté pendant ces 2 mois. La jungle et les rizières sont luxuriantes pour notre arrivée au Népal !

A Kathmandu, ce sont encore les embouteillages qui nous accueillent, agrémentés d’une chaleur assez étouffante : 37°C…

La fin de l’expé approche ! Plus d’un an de préparation depuis le souper au "Lotus Bleu", et…déjà finie ?

Quelle belle aventure !

Merci à tous les amis et les inconnus qui ont suivi notre aventure et qui nous ont envoyé tant de mots sympathiques ! C’était incroyable de lire ces messages venant de France mais aussi du Mexique ou de l’île de Wallis et Futuna… ! Que du plaisir !!! »

ISABELLE

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Récit d'Olivier

Mardi 15 mai

« Le premier groupe est prêt pour le grand départ, composé d’Alexia, Pascal, Yves, Philippe et Pierre-Olivier. Au programme le col Nord aujourd’hui, demain le C2, le lendemain le C3 puis le jour suivant le sommet… Je suis ému et impressionné de les voir partir vers la très haute altitude, sans pour autant ressentir de la peur. Je me remémore les souvenirs de 2004 au Broad Peak, et je me dis que tout concorde pour un déroulement normal de l’ascension. Mais tout de même, voilà un gros morceau ! Est-ce qu’Alexia va tenir sans oxygène ? Pourvu que tout se passe bien ! A 18h30, nous allumons la radio comme convenu pour prendre des nouvelles du premier groupe : rien à la radio, pas de réponse à nos appels ! Pendants plus de 30 minutes, rien ! Mais que se passe-t-il ? Nous commençons à nous poser des questions inquiétantes, et puis finalement la radio répond ! Ouf, le groupe s’était simplement assoupi dans les tentes bien au chaud, une sieste prolongée ! Tant mieux, rien de grave, tout va bien pour eux, nous nous donnons rendez-vous demain, toujours via la radio. Pour nous, au camp de base avancé, la soirée est tranquille et la nuit calme. Le ciel est étoilé, pas de vent. »

Mercredi 16 mai

« Le réveil fut habituel : grand beau temps ! Nous prenons le petit déjeuner sans nous dépêcher, puis nous préparons nos sacs pour le départ : la matinée est finie lorsque nous partons, après avoir reçu les vœux de bonne chance de la part de Mayla. Nous sommes tous les quatre, Isabelle, Sylvie, Denis et moi. Les Sherpas sont déjà au col Nord, ils y ont effectué des portages d’oxygène vers le C2 et au-delà la veille encore ! Le départ se fait en douceur, l’esprit léger, si bien que deux minutes après être partis, je me rends compte que j’ai oublié ma veste, mes gants et la sacoche contenant la caméra et l’appareil photo ! Demi-tour, ce n’est pas grave. Denis et Isabelle marchent devant, et Sylvie s’amuse de mon oubli : elle m’attend. Lorsque que je reviens à sa hauteur, elle s’aperçoit à son tour qu’elle a oublié sa gourde ! Rebelotte, demi-tour pour elle aussi : notre insouciance nous amuse, nous ne sommes pas pressés, nous sommes bien tranquilles. Un peu plus haut, Isabelle et Denis doivent se demander ce que nous faisons. Nous traînons, voilà tout. Et puis nous marchons sans forcer : il fait chaud, nous quittons les dernières tentes du camp puis la moraine : nous effectuons des prises de vues, nous repartons, nous nous arrêtons de nouveau. Depuis un bon moment nous ne voyons plus Isabelle et Denis : ils sont loin devant ! Nous les retrouvons au pied des pentes du col nord, ils nous attendent au départ des cordes fixes. La montée de cette partie assez raide se fait lentement, sous un soleil de plomb. Inutile de forcer l’allure, inutile de s’épuiser, il nous faut arriver au C1 aussi "frais" que possible, rapport au programme des trois jours qui vont suivre. Sylvie peine un peu, mais elle ne s’affole pas : elle arrivera un peu plus tard, c’est tout. Dans la tente que nous partageons, nous mangeons et buvons correctement. Des alpinistes passent juste devant, nous les saluons : une belge (flamande) de retour du sommet nous parait bien fatiguée, et nous lui proposons à boire : quel enchantement de voir son visage épuisé s’éclairer d’un coup d’un sourire radieux ! Elle nous parle quelques minutes assise devant notre tente, puis se relève péniblement pour parcourir encore 100 mètres jusqu’à sa tente. Le jour décline, le froid se fait maintenant sentir, nous nous replions dans la tente, bien emmitouflés. Est-ce que la vacation radio va se faire attendre aujourd’hui ? Non, et nous apprenons que le premier groupe est bien arrivés au C2 : ils vont bien, bonne nuit à vous ! Nous préparons ensuite notre repas. Je pense à Guy, il aurait peut-être participé à cette expédition : je raconte à Sylvie sa maladie, elle m’écoute, elle me cite d’autres exemples similaires qu’elle a connu de son côté, et puis nous passons à autre chose. La vie continue, elle est belle, et nous, ici, nous avons la chance d’en profiter pleinement, avec simplicité : quel bonheur ! »

Jeudi 17 mai

« La montée au C2 se fait à nouveau sous un grand soleil : le réveil et le départ se sont faits dans le calme, lentement même. Nous marchons ensemble tous les quatre. Arrivés au sommet de la langue de neige, Denis et moi déposons nos patinettes (mini ski, pour le départ éventuel en parapente au retour) : les tentes sont 30 minutes plus haut environ. Cette fois c’est Denis qui est à la peine, il a mal au dos. Mais lui non plus ne s’affole pas, il monte plus lentement c’est tout : régulièrement, il s’assied de manière à se soulager du poids du sac à dos. Et puis il repart. Voilà le C2 maintenant, nous nous installons à nouveau deux par tente. Nous attendons des nouvelles du premier groupe avec impatience : ils doivent être au C3, atteint pour la première fois par notre groupe. Effectivement la radio répond et nous confirme leur arrivée au C3. Là haut, Pierrot nous conseille de nous économiser dans notre progression entre les Camps : il faut en garder sous la semelle ! Sylvie demande des nouvelles d’Alexia : elle lui répond, elle va bien, et toujours sans oxygène à 7700m d’altitude! Nous leur souhaitons bonne chance pour cette nuit et demain, en leur renouvelant la plus grande prudence dans leur progression, surtout pour Alexia qui progressera sans oxygène. Nous convenons d’allumer la radio dès 07h00 demain matin. »

Vendredi 18 mai

« C’est super, c’est merveilleux, c’est extraordinaire, c’est incroyable ! Alexia est au sommet avec Dawa, suivie de Pascal et Pierrot peu de temps après, et Yves et Philippe un peu plus tard. Bravo ! Et tant pis pour l’oxygène dont Alexia voulait se passer : elle a raisonnablement choisi de prendre l’oxygène vers 8500m je crois : quelle performance d’atteindre cette altitude sans oxygène ! Et surtout d’avoir marché jusqu’à cette altitude à un rythme supérieur ou égal aux 4 autres qui eux avaient l’oxygène. Bon, à nous de rejoindre le C3 maintenant : nous avons hâte d’y retrouver le premier groupe de retour du sommet. Je prends pour la première fois le masque à oxygène, le débit est réglé à 2 litres par minutes. La pente est bien raide, mais le terrain enneigé nous facilite la progression qui se ferait sinon sur des pierres. Aujourd’hui comme hier, nous marchons ensemble tous les quatre. Lorsque nous arrivons au C3, il neige doucement : nous croisons Pascal et Pierrot qui repartent vers le C2 puis le C1 et même le camp de base avancé ! Je félicite d’abord Pascal d’une poignée de main vigoureuse, puis Pierrot arrive : j’ouvre mes bras, lui aussi, quel bonheur ! Nous nous embrassons, je suis vraiment heureux. Il me décrit rapidement l’itinéraire, les passages difficiles, et le retour tellement long ! Attention au retour ! Allez, à nous maintenant ! A bientôt Pierrot : j’ai bien confiance dans la suite. Je rejoins nos tentes, Alexia s’y repose : Sylvie va la féliciter. J’arrive à mon tour, bien fatigué malgré l’oxygène que j’ai respiré : il est haut ce C3, et la pente est raide ici aussi ! Je retire laborieusement mes équipements puis je rejoins Sylvie et Alexia dans la tente : bravo Alexia, je la serre dans mes bras, elle est bien fatiguée et s’allonge à nouveau avec le masque à oxygène pour bien récupérer. Elle nous décrit en détail le parcours jusqu’au sommet, les cordes fixes, celles qu’il faut éviter de prendre, les trois ressauts dans le détail, le second particulièrement. Elle pense descendre vers le C2 juste après Yves et Philippe qui passent devant. Mais une inquiétude grandissante retarde son départ : Passang, le troisième sherpa du premier groupe, celui qui fermait la marche derrière Yves et Philippe, Passang n’est toujours pas arrivé au C3 une heure après tout le monde ! Nous proposons aux deux sherpas qui nous accompagnent de monter vers l’arrête et au-delà pour le retrouver, et tant pis si demain nous devrons renoncer au sommet ! Là tout de suite c’est Passang qui compte, rien d’autre. Quelques minutes après leur départ, la silhouette de Passang fait son apparition plus haut dans les pentes : quel soulagement ! Nous apprenons qu’il a fait une chute : pas de blessure grave, certes, mais quelle frayeur ! Du coup, l’après-midi se termine, et Alexia reste au C3 dans notre tente, avec Sylvie et moi. Je fais fondre de la neige, nous buvons chaud, nous mangeons du fromage et du jambon cru : il va être 21h00, et les préparatifs pour le départ commencent. Alexia dort, Sylvie a somnolé par moment mais sans vraiment dormir. Pas facile de se mettre en route, dehors il fait froid et le sommeil nous travaille. Finalement nous sommes prêts avec 20 minutes de retard sur l’horaire prévu. Nous laissons Alexia seule dans la tente sans nous inquiéter pour elle : l’oxygène lui permettra de bien dormir jusqu’à demain. La nuit est sans lune, mais bien étoilée. Bonne route ! »

Samedi 19 mai

« C’est parti ! Nous progressons assez vite dans une pente raide et enneigée. J’ai mis les nouvelles moufles Rab : je constate rapidement que je ne peux pas les garder aux mains, elles sont tellement épaisses que je peux à peine tenir le piolet, et absolument pas tenir le Jumard ! Tant pis, je les retire pour mettre des moufles moins chaudes mais plus manoeuvrables. Et ces moufles Rab pendent maintenant à mes deux manches ! Un élastique les retient, et elles vont me gêner pendant deux heures au moins, jusqu’à ce que je casse l’élastique pour les ranger dans mon sac ! Devant nous, un groupe avance lentement,  très lentement : nous attendons immobiles de longues minutes avant d’avancer de trois pas, puis à nouveau une longue attente. Patience, patience, mais le froid se fait sentir du coup ! Je me secoue les mains, les pieds vont bien pour le moment : j’ai mis des chaufferettes dans mes chaussons, sans doute que cela contribue à limiter le froid aux pieds. En attendant, je regarde partout autour de moi dans la nuit noire : loin devant, un premier groupe est visible par les petits points de lumière que leurs lampes frontales dessinent sur la neige. Je lève les yeux en direction de la voûte céleste : le ciel est encore bien garni d’étoiles cette nuit ! Et puis soudain, une étoile filante ! En direction du sommet, juste au dessus ! Le beau cadeau que voilà, un beau présage peut-être ? Du coup, je patiente allègrement dans la nuit. Nous atteignons l’arrête, et là seulement nous pouvons doubler les personnes qui nous précèdent. Nous franchissons un peu plus loin le premier ressaut : bien raide ! Heureusement pour moi qu’il y a des cordes fixes ! L’effort fourni me permet de bien me réchauffer. J’ai du mal à respirer, et je constate qu’un bouchon de glace s’est formé sur l’entrée d’air à droite de mon masque ! Je peste, au secours, j’écarte légèrement le masque pour inspirer sinon j’étouffe. Dans cette opération, de la buée se forme dans mes lunettes : allez, c’est pas grave ! D’accord, au début rien de grave, et puis après deux ou trois minutes, la buée que devient-elle ? Non elle ne disparaît pas, elle givre ! J’ai maintenant du mal à respirer et je n’y vois plus rien. Je gueule ! Denis se rapproche de moi, calme comme à son habitude : "Attends voir, je vais te retirer toute cette glace." Et aussitôt fait : je suis calmé et rassuré, il ne reste que le givre dans mes lunettes : et bien je retire les lunettes, je mettrai tout à l’heure la seconde paire que j’ai dans mon sac, quand il fera jour.

Les étoiles s’effacent discrètement maintenant, et le ciel s’éclaircit petit à petit : le froid s’intensifie, adouci par des couleurs naissantes de toute beauté, toutes en nuances. Un nuage lenticulaire s’est formé au dessus du sommet tout à l’heure : il est maintenant teinté d’un rose orangé. Il pourrait être menaçant, comme il nous a semblé juste avant dans la nuit, mais la prévision météo de Yann est stable depuis plusieurs jours : grand beau, pas de vent, soyez sans crainte ! Effectivement, un peu après, la dilution du nuage était finie. Bon, tout va bien, nous progressons maintenant sur l’arrête dans une douce lumière, entourés d’une mer de nuage colorée par les premiers rayons rasant du soleil.

Tout va bien ? Tout ou presque, parce tout à coup, patatras ! Nous sommes arrêtés au niveau d’une petite plate-forme de neige, vue imprenable avec levé de soleil unique illuminant les quelques sommets qui émergent de la mer de nuages, et que se passe-t-il ? Sylvie s’assied doucement et nous dit d’une voix tranquille : "Je crois que je ne vais pas aller au sommet, je vais m’arrêter ici, je ne me sens pas assez bien.". Je suis KO debout, je ne comprends pas, et pourtant je comprends très bien parce que moi aussi je suis fatigué et moi aussi j’ai froid. Mais c’est pas possible Sylvie, tu peux venir, tranquille, doucement, comme d’habitude ! Je n’ose pas articuler un mot, je me rends compte que Sylvie n’a pas dis cela par hasard, et si je tentais de l’encourager à poursuivre et que finalement elle accepte, je redouterai qu’il lui arrive quelque chose. Et là deuxième crochet du droit : Isabelle renonce à continuer elle aussi ! Trop, c’est trop, et pourtant là encore je ne dis rien : pas le courage de les encourager toutes les deux. Je pense à nous quatre, je suis triste, c’est peut-être puéril. Mais je n’avais pas pensé un seul instant que cette situation se produirait.

Je regarde alors de l’autre côté, vers le sommet : il est magnifique, j’ai plutôt envie de dire elle, elle est tellement belle cette montagne. Je la vois tout près de moi maintenant, elle est à côté de moi, avec moi. Elle à qui  rien ne peut arriver de mal, de douloureux : sacrée montagne, j’ai tellement envie de caresser ta joue tout là-haut, après avoir crapahuté sur tes flancs depuis plusieurs jours. Elle me séduit à cet instant aussi, malgré ce que je viens d’entendre de Sylvie et Isabelle. Finalement je ne suis pas déçu ni en colère. Je continue, cette montagne est vraiment belle. A tout à l’heure vous deux, et nous poursuivons avec Denis. Le deuxième ressaut est impressionnant mais pas difficile à franchir grâce aux échelles et aux cordes fixes. La sortie du ressaut est assez impressionnante : il faut quitter l’échelle et faire une petite traversée sur la droite, avec les pointes avants des crampons sur du rocher recouvert de neige et de glace. Après, nous retrouvons l’arête, jusqu’au troisième ressaut : la difficulté réside maintenant dans l’effort à produire, et cela jusqu’au sommet. Je vois le sommet sud à 8751 m : une personne s’y trouve, je lui fais un signe, le bras levé, mais pas de réponse. Après une grande pente de neige raide, nous traversons sur la droite : Denis devant moi était visible en permanence jusque là, mais quand je finis de traverser dans la face nord je ne le vois pas au dessus. Je pense que ce doit être le sommet, je monte cette dernière pente et lorsque je me redresse arrivé en haut, je découvre une dernière crête qui me sépare du sommet. J’aurais pu me dire : "Encore !" mais non. Malgré la fatigue, je suis sous le charme : elle est là haut la cime, elle est superbe, toute ronde, toute petite, et j’aperçois Denis et Jean-Noël arrivés. J’arrive à mon tour près de cette belle cime, je lui parle entre deux souffles en effectuant ces dernières foulées, je lui dis que je suis bien content de la voir. Je ne pense pas à  grand-chose d’autre : pourtant je m’étais dis que si j’allais au sommet, je penserai à certaines personnes en particulier. Et bien non, je rejoins Denis, nous nous congratulons, de même avec Danuru puis Jean-Noël. Je me sens léger et insouciant, je m’assieds près du petit bouddha et je caresse la neige les mains nues tandis que Danuru prie, la tête contre le petit bouddha. Je pense tout juste à enfiler un manchon sur mon avant-bras pour deux partenaires importants de l’expédition, mais je n’ai pas la présence d’esprit de poser avec Denis pour une photo. Je dévore l’horizon, c’est un moment particulier que mes yeux enregistrent sans faille. Devant, à côté, de l’autre côté, derrière, et puis à nouveau de ce côté, pendant de belles minutes. C’est merveilleux ! La terre est ronde vue d’ici, ce n’est pas une illusion. Et puis l’itinéraire du côté sud qui descend là-bas, deux personnes s’y engagent : j’imagine le ressaut Hillary un peu plus bas, puis l’immense étendue du col sud, la grande combe ouest, l’icefall … Alors je regarde l’arrête nord-est d’où nous arrivons : elle est magnifique, ourlée de corniches à son sommet, et une petite brume qui la borde un peu plus bas. C’est par là que je vais descendre ! C’est vraiment très beau. En partant du sommet, j’ai oublié autre chose : je voulais ramener du sommet des pierres pour mes enfants et Geneviève. Heureusement Denis avait la même idée, et lui s’en est souvenu : le voilà avec son piolet qui frappe la roche apparente cinq mètres environ sous le sommet, et nous récupérons de précieux fragments. Ensuite, la descente s’est déroulée normalement : au sommet du couloir Norton, Jean-Noël attend son sherpa avec ses skis pour descendre ce couloir à ski. Denis s’arrête pour le filmer, je continue pour le filmer de plus bas. Après avoir descendu le deuxième ressaut, la fatigue se fait vraiment sentir, mes jambes ont de plus en plus de mal à me porter : je vois en me retournant que Jean-Noël a renoncé à skier, la neige est trop lourde et instable. Denis me rejoins un peu plus bas sur l’arrête, il passe devant et m’attend régulièrement. J’avance toujours plus lentement : nous nous arrêtons pour manger un peu juste avant de quitter l’arête pour plonger dans la pente vers le C3. J’y arrive épuisé, sachant que je ne dois y rester : nous allons descendre dans la foulée jusqu’au C2. Je m’allonge dans la tente pour me détendre et me relâcher un peu. Déjà les Sherpas sont à la porte de la tente pour sonner le départ vers le C2 ! Tout doucement je rejoins Isabelle et Denis qui sont prêts depuis un petit moment : je les suis lentement, ils m’attendent régulièrement. Arrivé au C2, je suis ivre de fatigue, mais je me sens bien. Nous allons passer la nuit ensemble, tous les trois dans la même tente, un peu à l’étroit mais dans un bien-être peu commun. Encore des moments de bonheur ! »

Dimanche 20 mai

« Je dors avec le masque à oxygène, je me réveille aussi : il est 04h30, j’attends que le jour se lève et je tourne quelques images de notre sommeil, bien enfouis dans nos sacs de couchages. Et puis je me rendors.

Nous nous réveillons avec la chaleur du soleil dans la tente : pendant que nous finissons de nous préparer, je scrute le décor qui m’entoure, vers le bas, vers le haut, sans me lasser. Je profite de ces instants sur la montagne le mieux que je puisse, je suis très attentif et réceptif. Je voudrais rester au C2 encore un jour de plus ! Mais il faut redescendre, les autres nous attendent pour rejoindre le Camp de base, et les yacks vont arriver pour tout emmener : impossible de différer la descente. Bon, il y a encore le projet de voler avec Denis depuis le sommet de la langue de neige, juste au dessous du C2 : hélas le vent perpendiculaire à la pente nous prive de ce vol, et nous descendons à pied voile sur le dos : Denis chausse les patinettes pour se laisser glisser le long des cordes fixes jusqu’au col Nord. Je préfère garder les crampons, et je prends tout mon temps pour le rejoindre avec Isabelle. Je m’arrête souvent, je me retourne, je prends une photo, j’attends un peu pour regarder encore, et puis je repars. Adieu chère montagne, je ne te reverrai jamais plus comme maintenant. Alors je prends tout mon temps pour t’admirer encore un peu. Après une pause au col nord, nous repartons vers le camp de base avancé : dans la descente du col, Denis reconnaît de loin Jamie McGuiness, avec lequel qui nous étions au Broad Peak en juillet 2004. Nous sommes contents de nous rencontrer et discutons un bon moment le long des cordes fixes. Jamie nous félicite de cette expédition, et demande immédiatement des nouvelles de notre ami Fabien : Jamie semble resté en souci après la tragédie de 2004 qui s'est heureusement bien terminée ! Lui-même prévois de monter vers le sommet dans trois jours. Il nous confirme que Dave Hanckok (qui dirige Field Touring Alpine) est un véritable escroc : il ne lui a pas versé l’indemnité qu’il lui doit comme chef d’expédition au Broad Peak. Nous savions que Field Touring Alpine était une organisation dangereuse, qui annonce des équipements mais ne les fournit pas (oxygène de secours, caisson, téléphone satellite en cas d’évacuation). Nous savons maintenant que Dave Hanckok est aussi un voleur qui relève de la justice. Après avoir salué Jamie, j’ai continué ma progression toujours aussi lentement vers le camp de base avancé, toujours aussi attentif à ce que Jomolangma me donnait de couleurs et reflets en fin de journée. »

Les jours suivants

« Voilà, les tentes d’altitude sont toutes pliées et rangées dans des sacs, les sherpas ont encore porté de lourdes charges vers le bas cette fois. Nous quittons le camp de base avancé. Je suis triste parce que je suis attaché à cet endroit, même si je n’envisage nullement d’y demeurer. Je pense aussi à mes proches que je vais retrouver dans quelques jours, et cela me réjouit profondément. Mais laisser derrière moi cette grande et belle montagne m’attriste vraiment. Les autres sont partis devant, ils marchent normalement. Je m’arrête quelques minutes à peine après avoir quitté le camp, je me retourne, je tourne des images, l’émotion m’envahit et je sanglote. Et puis je repars, je rejoins Isabelle un peu plus bas : elle aussi prend tout son temps, elle aussi se retourne souvent. Allons-y ! Je reste derrière néanmoins, et j’arrive au camp de base à la tombée du jour, bien après les autres. La journée s’achève, notre expédition se termine : Dorjee vient au devant de moi avec des katas qu’il me passe autour du coup en me félicitant. Je le serre dans mes bras en pleurant, je le remercie pour tout le travail qu’il a accompli ainsi que ses Sherpas et toute son équipe. Lorsque je lui dis que je reviendrai au Népal me promener avec Geneviève et nos enfants, il me demande de le prévenir avant : il sera heureux de nous accompagner. C’est entendu, et c’est déjà merveilleux d’y penser. A bientôt. »

OLIVIER

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Récit d'Yves (récidive !)

« Me voilà rentré à bon port et après trois jours de repos je prends enfin le temps de répondre à tous les mails que j'ai reçus depuis mon départ pour le sommet. Je suis très heureux d'avoir vécu cette expérience et d'avoir eu la chance de pouvoir grimper sur le toit du monde malgré une diarrhée carabinée. Je suis également heureux que nous ayons quasiment fait carton plein et surtout que nous soyons tous rentrés sains et saufs. En ce qui me concerne, je n'avais jamais pratiqué la montagne de cette manière : une très longue préparation en France puis sur place avec des attentes qui n'en finissent pas pour finalement peu d'action (en deux mois d'expé nous n'avons chaussé que 10 fois les crampons...). Et je n’avais jamais grimpé en  si haute altitude. Là haut, on pénètre dans un autre monde, j’avais la sensation bizarre du temps qui ralentit. Cette sensation peut être un piège et il est important de pouvoir rester lucide. Le fait de pratiquer la montagne et de se connaître dans l'effort est un atout supplémentaire pour notre sécurité. Là haut, le moindre petit problème peut avoir des conséquences dramatiques (une douzaine de personnes sont restés sur la montagne pendant notre périple).

Concernant le choix d’utiliser l’oxygène ou pas, j'ai rapidement opté pour l’oxygène. Je suis monté jusqu'à 7700 m sans mais conscient de la difficulté supplémentaire que cela représentait et sachant que sans "ox" je pouvais compromettre le sommet, j’ai préféré assurer.

Le 18 mai, jour de l’ascension, nous avons eu beaucoup de chance avec la météo : malgré une température de –25°C, nous n'avons pas eu un brin de vent (Yann de Météo France fidèle à sa réputation a été top dans ses prévisions). Au sommet on a pu s'arrêter trois bons quart d'heure à contempler les autres montagnes qui nous entouraient, puis les nuages se sont amoncelés du côté Népalais avant de nous atteindre, et c’est sous la neige que Philippe et moi avons entamé notre descente... Cette descente a été longue mais nous étions confiants et heureux d’avoir atteint notre objectif…

Cette année, tout le monde s’accorde à dire que les conditions météorologiques ont été exceptionnelles. Serait-ce dû à une incidence directe du réchauffement de la planète?

De retour à l’ABC, nous avons attendu l’arrivée du second groupe. Ensuite j’étais très impatient de rentrer à la maison et de retrouver ma petite famille. Heureusement que Dorjee, le responsable Népalais de la logistique de notre expédition, nous a trouvé des places dans un avion qui partait plus tôt si bien que le 29 nous étions tous de retour.

Notre équipe de Sherpas a été professionnelle du début jusqu’à la fin : Dorjee a toujours su trouver une solution à chacun de nos problèmes. En ce qui concerne la logistique, nous n’avons jamais manqué de rien à tel point que nous faisions des envieux parmi les membres de certaines autres expéditions. Cette organisation était d’autant plus remarquable que c’était la première fois que Dorjee réalisait une expédition sur l’Everest. Avec une telle réussite (7 summiters sur 9), il a acquis une très bonne réputation qui devrait lui faire venir beaucoup de monde…

Les sherpas d’altitude ont fait preuve de beaucoup de courage (chargés comme des baudets, ils alignaient des allers retours entre les camps pour déposer les bouteilles d’oxygène, les tentes, du matériel,…). Très sincèrement sans eux, notre objectif aurait été beaucoup plus difficile à atteindre.

Enfin, je tiens à vous remercier pour le soutien témoigné par tous vos mails : vous n’imaginez pas à quel point cela m’a fait plaisir ! J’ai été heureux de voir l’intérêt qu’a suscité le site de Philippe notre webmaster : je ne pensais pas qu’il aurait tant de succès.

Amitiés à tous. »

YVES

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